Dans le monde du tatouage, certaines décisions marquent à vie.
Pas seulement la peau, mais aussi les carrières, les réputations? voire des entreprises entières.
J?ai vu passer des centaines de salons de tatouage dans ma vie.
Mais celui-ci s?est effondré? en une seule journée.
Et tout a commencé avec un adolescent de 16 ans.
Je n?étais qu?apprentie à l?époque.
Un garçon entre dans la boutique. Look de skateur banal, attitude calme.
Mais quand il commence à parler, je sens une tension.
Puis il sort un papier.
Dessus : une croix gammée qu?il a dessinée lui-même.
Il veut se la faire tatouer. Sur la gorge.
Je lui demande son âge.
Il me regarde droit dans les yeux et dit : "16 ans."
Il savait ce que ça signifiait.
Et il le voulait quand même.
J?ai dit non. Trois fois non. Et voici pourquoi :
À cet âge, on croit tout savoir.
Mais la réalité, c?est qu?on est en pleine construction.
Les idées radicales, les envies de provocation, les décisions irréversibles?
On les prend souvent pour exister. Pour se faire remarquer.
Mais elles ne durent pas.
Un tatouage, lui, si.
C?est pour cela que je refuse de tatouer les mineurs.
Même avec une autorisation parentale.
Main, cou, visage : on les appelle les ?bouchons d?emploi?.
Parce qu?ils ferment des portes.
Tu es jugé avant d?être connu.
Tu es exclu avant d?avoir parlé.
Et ce jugement, tu le portes chaque jour, partout.
Travail, voyages, société, même dans la rue.
À moins d?être déjà tatoué de la tête aux pieds ou d?avoir une carrière bien installée?
Ces zones restent, pour moi, interdites.
Ce gamin a fini par trouver un autre tatoueur.
La boutique a accepté.
Sa mère a découvert le tatouage.
Elle a exposé le salon sur les réseaux sociaux.
Quelques mois plus tard : fermeture définitive.
Un seul tatouage a suffi à détruire un business.
Pas à cause de la technique.
Mais à cause du message.
Tatouer, ce n?est pas juste de l?encre.
C?est une responsabilité.
Des idées absurdes, on en voit tous les jours.
Mais le vrai rôle d?un.e tatoueur.se, ce n?est pas seulement d?exécuter.
C?est aussi de guider. De protéger.
Parfois, même contre la volonté du client.
Car si le tatouage tourne mal, ce n?est pas lui qu?on blâmera.
C?est toi.
Et parfois, dire non, c?est le choix le plus professionnel que tu puisses faire.
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C?est plus qu?un programme : c?est une philosophie de travail.