Un client vient te voir.
Son projet est extrêmement personnel.
Peut-être un deuil.
Une reconstruction.
Une relation.
Une période de sa vie.
Tu travailles son idée.
Puis arrive cette question parfaitement normale :
« Où veux-tu le placer ? »
Avant-bras.
Poitrine.
Côtes.
Nuque.
Cuisse.
Très bien.
Mais il existe peut-être une autre manière d?aborder le placement.
Une question rarement posée :
« Qui veux-tu pouvoir laisser voir ce tatouage ? »
Et cette question peut complètement modifier la réponse.
Lorsqu?un tatoueur réfléchit à l?emplacement, il pense logiquement à des choses très concrètes.
Surface disponible.
Anatomie.
Composition.
Mouvement.
Vieillissement.
Lisibilité.
Exposition.
Tout cela est indispensable.
Mais le client peut avoir une autre préoccupation.
Et pas simplement :
« Est-ce que ça se verra bien ? »
Plutôt :
« Est-ce que je veux que cela se voie tout le temps ? »
La formation souligne précisément que le placement influence la perception du tatouage et que les zones discrètes permettent au porteur de choisir davantage quand et avec qui il souhaite le partager.
Nous entrons alors dans une dimension différente du placement.
Il existe parfois une idée implicite :
si tu assumes ton tatouage?
tu dois pouvoir le montrer.
Pourquoi ?
Imagine un tatouage dédié à une personne disparue.
Le client choisit de le placer sur les côtes.
Presque personne ne le verra.
Est-il moins important ?
Peut-être exactement l?inverse.
Il existe entre :
le tatouage,
l?histoire,
et celui qui le porte.
C?est tout.
Et cette intimité peut faire partie de sa valeur.
J?aime beaucoup cette idée.
Un tatouage placé sur une zone discrète possède une particularité :
Il décide.
Aujourd?hui, personne.
Demain, son partenaire.
À la plage, davantage de monde.
Dans certaines situations, il reste invisible.
Le tatouage n?est pas nécessairement caché.
Il est révélé.
La nuance est intéressante.
Et psychologiquement, elle peut compter énormément.
Maintenant, imaginons une cliente qui veut un tatouage symbolisant son identité.
Elle souhaite précisément qu?il soit visible.
Avant-bras.
Main.
Cou.
Pourquoi ?
Parce que la visibilité fait partie de l?intention.
Elle ne veut pas seulement :
porter quelque chose.
Elle veut :
La formation explique que les zones visibles peuvent justement devenir une manière d?affirmer plus publiquement certaines valeurs ou certains aspects de son identité.
Dans ce cas, proposer automatiquement un emplacement plus discret pourrait même aller contre le projet.
Prenons un mot.
LIBRE.
Tatoué à l?intérieur du bras, discret, il peut ressembler à un rappel personnel.
Tatoué très visiblement sur la main, le même mot peut devenir beaucoup plus déclaratif.
Le mot n?a pas changé.
La typographie peut être identique.
Pourtant :
Voilà pourquoi le placement peut participer à la signification psychologique du tatouage.
Il ne s?agit plus seulement d?un problème de centimètres.
C?est là que la consultation devient utile.
Le client dit :
« Je le veux ici. »
Pourquoi ?
« Parce que j?aime bien. »
Très bien.
Mais pour un projet particulièrement personnel ou très visible, tu peux simplement demander :
« Tu souhaites qu?il soit visible facilement ou tu préfères pouvoir choisir quand tu le montres ? »
Ce n?est pas intrusif.
Ce n?est pas moralisateur.
Et surtout :
ça ne décide pas à sa place.
Cela lui fait simplement envisager la vie quotidienne de son tatouage.
Parfait.
La discussion est terminée.
Il n?est pas nécessaire d?essayer de convaincre le client qu?il devrait cacher son tatouage.
Nous avons abordé mardi les différences de perception sociale et culturelle.
Mais il existe un piège.
À force de vouloir informer, le tatoueur peut commencer à projeter :
ses propres peurs,
ses propres normes,
ses propres jugements.
La formation rappelle justement que la perception dépend du contexte social et culturel.
Donc :
« Ce tatouage sera très visible. Cela te convient ? »
est une question professionnelle.
« Tu ne devrais pas tatouer ça ici. »
est déjà autre chose.
Sujet délicat.
Nous pourrions facilement tomber dans de vieilles généralités :
« Avec un tatouage visible, tu ne trouveras pas de travail. »
Ce serait beaucoup trop simpliste.
Les environnements professionnels sont très différents.
Les normes évoluent.
Les métiers également.
Mais le client, lui, connaît sa situation.
La question peut donc rester neutre :
« Est-ce important pour toi de pouvoir le couvrir facilement dans certaines situations ? »
S?il répond non :
parfait.
S?il répond oui :
le placement doit intégrer cette contrainte.
Tu ne lui imposes rien.
Tu l?aides à anticiper.
Voici quelque chose d?intéressant.
Un client peut vouloir que son tatouage soit :
visible pour lui,
visible pour ses proches,
mais pas nécessairement visible pour tout le monde.
Ce n?est donc pas seulement :
visible / caché.
Il existe toute une échelle.
Intime.
Privé.
Semi-visible.
Visible.
Très exposé.
Et cette échelle peut faire partie de la conception.
Question étonnamment utile.
Imaginons un tatouage sur le dos.
Les autres le voient facilement dans certaines situations.
Mais son propriétaire ?
Beaucoup moins.
Il lui faut un miroir.
Une photographie.
À l?inverse, un tatouage sur l?avant-bras peut être regardé plusieurs dizaines de fois par jour.
Voilà encore une dimension intéressante.
Le placement décide aussi :
Pour un tatouage purement décoratif, ce détail peut être secondaire.
Pour un rappel émotionnel?
beaucoup moins.
Si le tatouage signifie :
« N?oublie jamais ce que tu as traversé »
peut-être que le client souhaite justement pouvoir le voir.
La question mérite d?être posée.
Nous arrivons alors à une distinction que je trouve particulièrement intéressante.
Demande au client :
« Est-ce important que toi, tu puisses le voir facilement ? »
Puis :
« Est-ce important que les autres puissent le voir facilement ? »
Les réponses peuvent être complètement différentes.
Oui / oui.
Oui / non.
Non / oui.
Non / non.
Et chacune peut orienter vers un placement différent.
Voilà une réflexion extrêmement simple?
mais rarement intégrée aussi clairement à la conception.
Pour les projets très personnels, tu peux donc ajouter trois questions à ta consultation :
1. Veux-tu pouvoir voir facilement ton tatouage toi-même ?
2. Veux-tu pouvoir choisir quand les autres le voient ?
3. Existe-t-il des situations dans lesquelles tu souhaiteras pouvoir le couvrir ?
Trois réponses.
Puis seulement :
anatomie,
composition,
taille,
placement définitif.
La psychologie n?a pas remplacé ton expertise technique.
Les réseaux sociaux ont créé une situation amusante.
Nous voyons surtout les tatouages conçus pour être vus.
Grandes pièces.
Bras.
Dos.
Jambes.
Photographies spectaculaires.
Mais certains des tatouages émotionnellement les plus importants sont peut-être minuscules.
Cachés.
Presque invisibles.
Une date.
Une initiale.
Une écriture reproduite.
Un symbole que personne d?autre ne comprend.
Et ils remplissent parfaitement leur fonction.
Parce que leur valeur n?est pas proportionnelle :
à leur taille,
à leur complexité,
ni au nombre de personnes qui les regardent.
Nous pouvons maintenant reformuler la question.
Pas seulement :
« Où sera-t-il le plus beau ? »
Mais :
« Où fonctionnera-t-il anatomiquement ? »
« Où pourra-t-il être vu comme le souhaite le client ? »
« Où prendra-t-il le sens que le client veut lui donner ? »
C?est cette couche supplémentaire que développe Comment la psychologie influence la perception des tatouages : le placement, comme le symbole ou la couleur, participe à la manière dont le tatouage est vécu et perçu.
Et parfois, la meilleure question n?est donc pas :
« Où veux-tu ton tatouage ? »
Mais :
« À qui veux-tu vraiment le montrer ? »
La réponse pourrait t?indiquer où il doit vivre.
? Découvrir la formation Comment la psychologie influence la perception des tatouages