Lundi matin.
Tu ouvres ton agenda.
Plus une place.
Mardi : complet.
Mercredi : complet.
Jeudi : complet.
Vendredi : complet.
Et samedi, tu as réussi à glisser un petit tattoo entre deux rendez-vous.
Sur le papier, tout va bien.
Même très bien.
Un tatoueur qui a du travail est un tatoueur qui réussit, non ?
Pas forcément.
Parce qu?il existe une situation beaucoup plus étrange qu?un agenda vide :
un agenda plein qui ne te permet pas de vivre correctement.
?
Cette phrase mérite qu?on s?y arrête.
Parce qu?elle semble parfaitement logique.
Tu as des charges.
Tu dois remplir ton planning.
Donc tu proposes des prix suffisamment attractifs pour ne pas faire fuir les demandes.
Davantage de clients.
Davantage de tattoos.
Davantage de chiffre d?affaires.
Le raisonnement se tient.
Jusqu?au moment où tu découvres qu?il manque une variable :
ta capacité de travail.
Une journée n?a toujours que 24 heures.
Et ton corps aussi possède ses limites.
Tu ne peux pas éternellement compenser un prix insuffisant en ajoutant des rendez-vous.
Imaginons deux organisations.
Le tatoueur A facture en moyenne 100 ? par rendez-vous.
Il prend 5 clients.
Chiffre d?affaires :
500 ?.
Le tatoueur B facture en moyenne 160 ?.
Il prend 3 clients.
Chiffre d?affaires :
480 ?.
À première vue, A gagne.
20 ? de plus.
Mais maintenant, regardons la journée.
A doit accueillir cinq personnes.
Cinq installations.
Cinq projets à vérifier.
Cinq encaissements.
Cinq nettoyages.
Cinq séries de conseils.
Et probablement davantage de messages, de rendez-vous et de préparation en amont.
B en gère trois.
Je ne suis pas en train de dire que le modèle B est meilleur.
Peut-être que A adore ce rythme.
Peut-être que ses tattoos sont parfaitement standardisés et son organisation extrêmement efficace.
Peut-être même que ses coûts par projet sont très faibles.
Mais le chiffre d?affaires seul ne nous permet plus de décider.
Une nouvelle question apparaît :
Combien d?énergie dois-tu dépenser pour produire ton chiffre d?affaires ?
Et celle-là est rarement affichée sur Instagram.
Supposons maintenant que tu constates que tes prix sont un peu faibles.
Mais tu ne veux pas les toucher.
Alors tu compenses.
Un tattoo supplémentaire mardi.
Un petit projet coincé jeudi après-midi.
Un samedi qui devait être libre.
Puis quelques rendez-vous supplémentaires le mois prochain.
Pris séparément, chacun semble anodin.
80 ? de plus ici.
120 ? là.
Sauf que ton activité commence progressivement à dépendre d?une chose :
tu dois continuer à remplir.
Ton modèle ne fonctionne plus seulement grâce à ton travail.
Il fonctionne grâce au volume de travail que tu arrives à absorber.
Et tant que ton agenda reste rempli, tu peux ne rien remarquer.
Un client annule.
Tu viens de perdre 120 ?.
Un autre reporte.
Encore 150 ? décalés.
Soudain, la semaine qui paraissait confortable devient beaucoup plus fragile.
Pourquoi ?
Parce que lorsque ta marge de man?uvre est faible, chaque créneau doit produire.
Tu n?as plus seulement besoin de clients.
Tu as besoin que presque toutes tes heures disponibles soient vendues.
Et cela change ta relation au planning.
Une journée vide n?est plus du temps disponible pour dessiner, réfléchir, communiquer, te former ou simplement souffler.
Elle devient :
une journée qui ne rapporte rien.
C?est là que le prix commence à modifier autre chose que ton compte bancaire.
Il modifie ton rapport au temps.
Voilà un aspect du tarif dont on parle peu.
Lorsque tu choisis un prix, tu choisis indirectement le nombre de projets nécessaires pour atteindre ton objectif.
Prenons un objectif théorique de 3 000 ? de chiffre d?affaires.
Avec un panier moyen de 100 ? :
30 projets.
Avec un panier moyen de 150 ? :
20 projets.
Avec un panier moyen de 200 ? :
15 projets.
Attention : ce calcul ne prouve absolument pas qu?il faut facturer 200 ?.
Les projets ne sont pas nécessairement identiques.
Le temps consacré non plus.
Les charges peuvent changer.
La clientèle également.
Mais il montre quelque chose de fondamental :
ton tarif détermine en partie le volume que ton activité te demande.
Et ce volume doit être compatible avec la manière dont tu veux travailler.
Alors tatoue beaucoup.
Le problème n?est toujours pas là.
Nous ne cherchons pas à construire une règle disant :
Moins de clients = meilleur tatoueur.
Ce serait aussi absurde que :
Prix plus élevé = meilleur tatoueur.
Tu peux aimer les journées dynamiques.
Tu peux être extrêmement efficace.
Tu peux travailler essentiellement avec des flashs.
Tu peux préférer dix petits projets à une pièce qui t?occupe toute la journée.
C?est un modèle parfaitement valable s?il est choisi.
Le problème commence lorsque tu ne peux plus réduire le rythme sans mettre ton activité en difficulté.
Autrement dit :
Est-ce que tu travailles beaucoup parce que tu le souhaites?
ou parce que tes prix t?y obligent ?
La différence est énorme.
Ton nombre de clients ne dit pas combien tu gagnes réellement.
Ton chiffre d?affaires non plus.
Même ton tarif horaire affiché ne suffit pas.
Il faut mettre ces données en face de quelque chose :
le temps et l?énergie nécessaires pour les produire.
C?est précisément pourquoi la formation que nous utiliserons plus tard dans cette campagne ne réduit pas le diagnostic au tarif : elle demande aussi d?examiner combien de jours on tatoue, à quel rythme on se sent bien, le type de clientèle et l?organisation réelle de l?activité. Prix juste, posture forte
Pour cette première semaine, retenons simplement cette idée :
un planning complet est un indicateur de demande. Pas automatiquement un indicateur de bonne santé.
Je te propose aujourd?hui une expérience mentale.
Regarde un mois normal de ton agenda.
Imagine maintenant que tu retires un rendez-vous sur cinq.
Pas parce que tes clients disparaissent.
Parce que tu décides de récupérer ce temps.
Pour dessiner.
Créer des flashs.
Travailler ta communication.
Te former.
Faire ton administratif.
Ou simplement ne pas tatouer.
Puis pose-toi cette question :
Mon activité tient-elle encore ?
Si la réponse est oui, très bien.
Si la réponse est :
« Impossible. J?ai besoin de tous ces rendez-vous pour m?en sortir. »
ne change rien aujourd?hui.
Mais note cette information.
Parce que ton prix ne détermine peut-être pas seulement ce que tes clients paient.
Il détermine peut-être déjà ton rythme de vie.
Demain, nous allons toucher à l?une des phrases les plus fréquentes lorsqu?on parle tarifs :
« Je ne peux pas demander plus. Ici, les gens ne paieront jamais ce prix. »
Peut-être.
Mais comment le sais-tu ?
Et surtout : qui sont exactement « les gens » ?
C?est là que le sujet devient beaucoup plus intéressant.